Bienvenue, Ghadi !

Tu as vu le jour le 30 septembre 2013 à Beyrouth. Tu es en apparence un bébé comme les autres. Et pourtant…

Pourtant, tu es le premier bébé libanais né sans appartenance religieuse.

Dans un pays où la religion est mentionnée au registre d’Etat civil et sur la carte d’identité, tu dois ce statut exceptionnel au courage et à la détermination de tes parents, Nidal Darwiche et Khouloud Sukkarieh, qui sont également les premiers Libanais à s’être mariés civilement, après avoir obtenu de haute lutte la radiation de leur appartenance religieuse sur les registres officiels.



Dans une société où les citoyens sont considérés comme des croyants de diverses confessions, le combat de tes parents, Ghadi, est un combat digne du plus grand respect. Il force l’admiration par l’exigence d’égalité qui le sous-tend : oui, pour tes parents, Ghadi, seule doit compter l’appartenance citoyenne, et les Libanais devraient donc être strictement égaux devant la loi, sans que leur appartenance à telle ou telle mouvance confessionnelle puisse leur octroyer un quelconque privilège ou constituer un quelconque handicap.

Or, dans la société dans laquelle tes parents ont grandi, Ghadi, tout est organisé en fonction de quotas, au gouvernement, dans l’administration, dans tout le secteur de l’emploi même. On n’y est pas citoyen, mais avant tout membre de telle ou telle faction, de tel ou tel clan. Dix-huit confessions chrétiennes et musulmanes, pas moins, dont la coexistence est organisée de manière tribale !

Dans cette société, Ghadi, tu apparais comme une lueur d’espoir, pour qu’enfin le bon sens prenne le dessus dans ce pays déchiré depuis trop longtemps par des conflits entre clans religieux.

Tes parents sont des êtres admirables. Leur combat est un combat pour la liberté et l’égalité entre les hommes, indépendamment de leurs convictions, qui ne devraient pas concerner le moins du monde l’Etat. C’est cela, la laïcité. Et ceux qui, en Europe ou ailleurs, tentent d’amorcer la libanisation de la société au nom de la tolérance ou du respect de la diversité n’ont pas compris que la véritable égalité, la véritable liberté, donc la véritable démocratie passe par l’indifférence du politique envers les croyances des citoyens.

Tu as la chance inouïe de naître sans religion, Ghadi. Que cela ne t’empêche jamais de faire tes choix, y compris celui, peut-être, de croire en un dieu. Mais conserve précieusement le précieux cadeau que tes parents t’ont fait en t’offrant la liberté, et que tes convictions religieuses, si tu devais en développer, restent en ton cœur. Aie l’intelligence de ne jamais en faire un instrument politique, car ce serait les dénaturer, comme ce serait dénaturer profondément le sens du politique.

Sois le bienvenu, Ghadi !


Philipp Bekaert

Yvan Biefnot

Farouk Boustami

Dominique Celis

Chemsi Cheref-Khan

Elie Cogan

Gisèle De Meur

Nadia Geerts

Philippe Schwarzenberger

Fatoumata Sidibe

Jamila Si M'Hammed

Sam Touzani

Georges Verzin

Willy Wolsztajn

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