Le créationnisme financé par les fonds publics ?

Il y a quelques jours s’achevait la tournée de conférences en Belgique de deux disciples d’Harun Yahya, qui avait défrayé la chronique en 2007 lors de la parution de son Atlas de la création. Cette tournée de six conférences destinées à promouvoir la doctrine créationniste était organisée par le Service islamique de la jeunesse de Belgique (SIJB), de tendance néo-salafiste. Dès lors que certaines de ces conférences ont eu lieu dans des mosquées financées par l’Etat belge, le R.A.P.P.E.L. s’indigne que les subsides publics alloués aux cultes puissent être utilisés à des fins de propagande anti-scientifique.

 

 

Il rejoint à cet égard la position exprimée par Felice Dassetto : « C’est un vrai scandale que la mosquée ouvre ses portes à cet abîme d’ignorance. Il y a là de quoi exiger de l’Etat belge qu’il casse la convention qui accorde l’usage de ce bâtiment au Centre islamique et culturel de Belgique. Les tenants du créationnisme fixiste, qui relève de l’obscurantisme le plus total, ont le droit de s’exprimer. Mais pas dans un bâtiment que l’Etat a confié, à tort ou a raison, voici 40 ans, à une instance qui semble devenir, de plus en plus, un lieu de propagation d’une pensée réactionnaire, antiscientifique » [1].

Si le R.A.P.P.E.L. estime que la laïcité de l’Etat est incompatible avec le financement des cultes, il est d’autant plus scandalisé que le financement des cultes puisse servir à répandre des idées opposées à l’état actuel des connaissances scientifiques, que l’enseignement officiel a précisément pour mission d’enseigner. A cet égard, nous ne pouvons qu’être interpelés par le communiqué du 8 septembre dernier du SIJB : 
« Nous tenons à remercier toutes les personnes ayant partagé leurs avis quant à la venu (sic) de l’équipe de Harun Yahya, sachez que nous savons très bien ce qui se dit du docteur Harun Yahaya et de ses théories, nous avons notre propre politique quant au sujet (sic) des intervenants que nous invitons, nous sommes responsables uniquement de ce qui se dit lors de nos rencontres, après les intervenants ne sont plus sous notre responsabilité. Nous ne pouvons contrôler ce qui se dira ailleurs même pour les autres intervenants apprécié (sic) par tous. 
Maintenant, comme toutes nos rencontres les choses sont cadrée (sic) selon notre politique interne. Harun Yahya peut-être (sic) pour certains dans un égarement total (Avis non partagé pas (sic) le SIJB) mais n’oublions pas tout le bien que possède (sic) les autres théories qui font l’unanimité. 
Chacun de nous est responsable de ses actes, l’important est que chacun d’entre nous garde une langue propre et saine. »
[2]

Face à ce qui s’apparente fortement à une déclaration d’adhésion du SIJB à l’ensemble des théories d’Harun Yahya, le R.A.P.P.E.L. souligne également qu’Harun Yahya appartient également à la mouvance révisionniste.

Le R.A.P.P.E.L. s’interroge par ailleurs sur les sources de financement dont bénéficie le SIJB, et appelle les responsables politiques, au cas où cette association bénéficierait de subsides publics, à reconsidérer sa position.

Plus largement, le R.A.P.P.E.L. invite chacun à une réflexion sur le principe même du financement des cultes, qui revient pour l’Etat à prendre position dans les affaires religieuses en reconnaissant tel culte et non tel autre, au mépris du principe de laïcité qui exigerait que l’Etat ne reconnaisse ni ne subsidie aucun culte ni organisation philosophique. La laïcité est en effet le seul moyen de garantir l’égalité de tous, sans privilégier ni discriminer aucune conviction.

Pour le R.A.P.P.E.L.,

Yvan Biefnot 
Chemi Cheref-Khan 
Gisèle De Meur 
Farouk El Boustami 
Catherine François 
Sophie François 
Nadia Geerts 
Michèle Peyrat 
Philippe Schwarzenberger 
Georges Verzin 
Willy Wolsztajn

 

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