Le discours identitaire raciste vaut-il mieux que le discours identitaire intégriste ?

Carte blanche parue dans le journal Le Soir, le 06/07/2010

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L’apéro « saucisson et pinard » programmé à Paris, rue Myrha, et finalement interdit par la préfecture, a fait couler beaucoup d’encre. Et suscité des « vocations » ailleurs en France, mais aussi en Belgique. Le tout sur fond de repli identitaire et d’un racisme qui ne dit pas son nom, se drapant parfois dans la défense de la laïcité. Laïcité, vraiment ?

 

 

L’initiative de cet apéro parisien revient à « Riposte laïque ». Une association qui, sous couvert de défense des valeurs républicaines et laïques, sombre de plus en plus, au fil des années, dans un discours globalisateur radicalement anti-musulmans, quand ce n’est pas anti-immigrés. D’autres associations, appartenant clairement à la mouvance identitaire oscillant entre nationalisme et extrême droite pure et dure, n’ont pas tardé à rejoindre les organisateurs. Et scandaleusement dévoyé au passage les valeurs qu’ils prétendaient défendre.

L’intention affichée des organisateurs était en effet de lutter contre l’occupation du quartier de la Goutte d’or, « particulièrement le vendredi, par des adversaires résolus de nos vins de terroir et de nos produits charcutiers ». Autrement dit, il s’agissait de lutter, selon une rhétorique bien connue, contre « l’islamisation de la France » et de l’Europe, chère à Geert Wilders et autres mouvements populistes d’une droite flirtant souvent avec son extrême. Pour mener ce combat, les organisateurs ont usé d’une arme bien précise : celle de l’identité nationale réduite pour l’occasion au pinard et au saucisson – le pinard ayant été remplacé, dans sa version belge, par la bière.

Autrement dit, à des citoyens marquant leur appartenance à la religion islamique, il s’agissait d’opposer non pas la citoyenneté, la mixité, le partage de l’espace public, le respect de tous et de toutes ou, pour faire bref, le vivre ensemble, mais l’appartenance à une nation caricaturale elle-même porteuse de « valeurs » : le vin et le saucisson – et le sigle SS repris dans l’affiche annonciatrice de l’événement, au centre du mot « saucisson ».

L’équation ainsi posée est simple, simpliste, binaire : d’un côté, il y aurait « vous » les musulmans (tous identiques tels des clones produits en usine), à qui subitement et subrepticement il n’est plus reproché de prier en pleine rue, obstruant la circulation tous les vendredis, mais de ne pas boire d’alcool ni manger de porc. De l’autre, il y aurait « nous », les « bons Français » ou les « bons Belges » amateurs de ces produits. Et entre ce « nous » et ce « vous », il n’existerait pas de vivre ensemble possible. Vous ne passerez pas la ligne Maginot du saucisson ! Il n’y a qu’une guerre ouverte, dont un des deux camps sortira nécessairement vainqueur, comme au temps béni des guerres de religion.

Sauf que… sauf que c’est oublier, délibérément comme dans toute stratégie de la tension, que la réalité n’est pas binaire. Que le discours identitaire raciste ne vaut pas mieux que le discours identitaire islamiste et qu’il lui ressemble comme un jumeau de cauchemar. Que l’un comme l’autre minent la démocratie, car ils refusent de considérer l’autre comme étant d’abord un semblable, un concitoyen jouissant des mêmes droits et soumis aux mêmes devoirs, quelles que soient ses origines, ses convictions, son sexe, sa couleur de peau, etc.

Dans cette perspective, les prières en pleine rue sont clairement inacceptables, au même titre que toute occupation de l’espace public, pour quelque motif que ce soit. Mais on ne répond pas à la bergère intégriste par des éructations de berger identitaire.

Assurer l’égalité de toutes et de tous en devoirs comme en droits, préserver l’espace public de toute confiscation par le religieux, quel qu’il soit, préserver la liberté individuelle, refuser l’enfermement identitaire, le racisme et le communautarisme, le mélange de la foi et du Droit, tels sont précisément les objectifs de la laïcité. Un outil politique du vivre ensemble qui ne peut se transformer en levier d’exclusion sur la base de convictions privées, que la laïcité a précisément pour mission de protéger.

Premiers signataires :
Nadia Geerts, agrégée en philosophie et co-fondatrice du R.A.P.P.E.L. 
Pierre Efratas, co-fondateur du R.A.P.P.E.L. et écrivain 
Mohamed Sifaoui, écrivain et journaliste 
Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue ProChoix 
Sultana Kouhmane, présidente de Sos Rapts Parentaux et auteur de « Mes enfants volés ». 
Wassyla Tamzali, avocate algérienne et essayiste 
Sam Touzani, comédien 
Luc Pire, éditeur 
Zidani, humoriste 
Catherine Kintzler, philosophe, auteur de Qu’est-ce que la laïcité ? (Vrin) 
Karima Insoumise et dévoilée A.S.B.L 
Josy Dubié, sénateur honoraire 
Claude Javeau, professeur émérite de sociologie de l’U.L.B. 
Anne-Marie Roviello, professeur de philosophie à l’U.L.B. 
Tom Goldschmidt, journaliste 
Monique Vézinet, présidente nationale de l’UFAL 
Jean-Paul Wagner, président de l’UFAL de Metz 
Abdellatif Mghari, Président de l’association "Francophones Sans Frontières"  
Ivan Fox, comédien 
Ann Brusseel, députée au Parlement flamand 
Sihem Habchi, présidente du mouvement Ni Putes Ni Soumises 
Dominique Sopo, Président de SOS Racisme 
Firouzeh Nahavandi, professeur 
Fanane Azmi, vice-présidente des jeunes FDF 
Jamila Si M’Hammed, Présidente du Comité Belge Ni Putes Ni Soumises 
Richard Ruben, humoriste 
Claude Thayse, Maître de Conférences – ULB, Membre du Rassemblement wallon 
Christine Defraigne, sénatrice, députée wallonne 
Les Femmes Prévoyantes Socialistes

Georges Verzin, échevin, Schaerbeek 
Sophie François 
Sylve Passaqui, Ixelles 
Philipp Bekaert 
Paul Blume 
Philippe Schwarzenberger 
Catherine FRANCOIS 
Pierre Laporte 
Jean-Alexis SPITZ 
Martine Delpierre 
Francine Schiettecatte 
Hervé élie Bokobza 
Rachel MIKLATZKI 
Philippe WALRAFF 
Julie Cymbalist 
Adrien Croisier 
Josette Alleweireldt 
Lara Herbinia 
Marie Noelle Livyns 
Fanny AGELACIS 
Gilles JOSPA 
Claude Wolteche 
Rachid Boutahar 
Raouf BEN AMMAR 
Ingrid Meirpoel 
André Leurquin 
Edouard DECHENE 
Christine Simonis, retraite socio culture 
Micheline Namêche 
Anne Deprez 
Martine Remy 
Yves Grunhard 
Christiane REMACLE 
Galaad WILGOS 
Sfia Bouarfa 
Vincent DEVAUX 
Farouk El Boustami 
Claudie Herry-van Praag 
Luc MATHIEU, conseiller de l’action sociale, Dour 
Michel VANDRIESSCHE 
Francis PROVOT 
Willy Wolsztajn 
Jacques MONTEYNE 
Patrice LAMBERT 
Henri SIMONS, ancien député 
Christian SCHOYSMAN 
Pierre van den dungen 
Henri GERADON 
Alain Detilleux - Président de l’arsenal éditions asbl 
Thomas RIGAUD 
Serge PAHAUT 
Denys Desmecht 
Stephen Thueillon 
Eugène Demany 
Huguette vdb 
Judith Brandstätter 
Philippe GONTIER 
Claude Cambier 
Guy Postiaux 
Jean-Marie Luffin, rédacteur pour Démocratie Plus asbl 
Françoise SAVONET 
Jean-Christophe Cavenaile 
Jacques JOSET 
Yolanda Montalvo Aponte 
Christine Soumoy 
Michel Rosart 
André MARSDEN 
François Brouyaux 
Henri Charlier 
Isis Fulle 
Charles CLESSENS, Citoyen Concerné 
Philippe THEATRE 
Jules Jasselette 
Pierre Darville 
Luce Dodrémont 
Jacqueline Brouyère 
Pascal ROUCOUR G. 
Michèle Peyrat 
Victor KHAGAN 
Michel Noirret 
Gisèle Delval 
Roland LEJOLY 
Alfred Noels 
Anne Staquet, philosophe 
Noëmie Cravatte 
Danielle SWINNE 
Claudine FUMIERE 
Paty Muangisa - Infirmier 
Luc BADET 
Anne Choprix 
Brigitte Pouyoul Khayat 
Raymond Dejong 
Olivier T’Kindt, psychologue-psychothérapeute 
Marcel Renson 
Jacques Defuisseaux 
Noël Scauflaire 
Monique FETTWEIS 
Olivier Meynsbrughen 
Francis SCHWAN 
Bertrand NINOVE 
René CREMERS 
France Debray 
Christian Olivier 
Luc GAUDIER 
Karl Kaminski 
Pierre LAZARD 
Jean-François OLIVIER 
Nicole Simon 
Philippe DINON 
Arlette DUSSART 
Fatoumata Sidibé 
Fabienne Bloc 
Christiane Pay (membre FAF) 
Jean-Pierre Wauters 
Zicko 
Evelyne CARLIER 
Danielle Storper Perez 
Elie Levy 
Richard Ramaekers 
Marguerite Deweerdt 
Jacqueline De Wilde 
Aldo Hanquart 
Danièle BONFOND 
Pol Magis 
Paul van OYE 
Alain Delecosse 
Calogero GIGANTE 
Michel GIGOT 
Anne Martin 
Françoise CLAUDE 
Annette CASPARD 
Nadine Gabet 
Fabienne Rouvroy 
Henri Deleersnijder 
Marlene Nuhaan 
Pauline Ziserman 
Olivier Monnom 
Dragica Lukovic 
Didier Daoust 
Alain GUILLAUME 
Nicolay Heide 
Yvan Peeters 
Catherine CHASSAGNE, enseignante 
Pierre Jacquenod 
Emmanuelle MEURICE 
Cécile Vandevandel 
Albert Sauer 
Frédéric DE SUTTER 
Marie-Claude San Juan 
Yannick BAUTHIERE 
Serge SZTENCEL 
Jean HACHE 
Stéphane DOHET 
Nadia RACHENEUR 
André THOMAS 
Marcel COOLS 
Martine LLEDO 
Gaelle GALLET 
Jean-Paul GRUMIAU 
Anne Spitals 
Ludovic DIEPDAEL 
Pierre Delhez 
Dominique Dauby 
Martine WILLOCQ 
Sonia Leinartz 
Patricia Ewalenko 
Xénia Maszowez 
Cécile OLIN 
Isabelle Heymans 
Mimouni 
Jean-Claude HOUSIAUX 
Ivan DECHAMPS

Signez vous aussi cette carte blanche !


 

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