Communiqué de presse du 5 septembre 2019

La nouvelle est tombée fin juillet : l’interdiction des signes convictionnels sera levée pour les étudiants fréquentant l’enseignement supérieur et de promotion sociale dépendant de la Commission communautaire française (COCOF). Ainsi en a décidé le gouvernement francophone bruxellois. Cette mesure, portée par Mme Zakia Khattabi, est présentée comme une avancée considérable dans la lutte contre les discriminations, au nom du féminisme, de la diversité et de l’émancipation.

Cette rhétorique nous est hélas de plus en plus familière, tant nous assistons ces dernières années à une banalisation de la symbolique du voile islamique – car ne nous voilons pas la face, parler de signes convictionnels à Bruxelles, c’est essentiellement parler du voile islamique. Or, ce dernier, contrairement à ce que prétend un discours désormais bien rôdé, n’est en rien un symbole de féminisme, de diversité ni d’émancipation : c’est même tout le contraire. Et d’ailleurs, l’enseignement supérieur, qui s’adresse à des adultes, n’a pas à émanciper qui que ce soit de quoi que ce soit : sa mission est de former des professionnels compétents, ce qui implique notamment qu’ils soient formés à la déontologie et à l’éthique de leur future profession.

 

Aussi, ce qui nous préoccupe avant tout, c’est le grignotage insidieux du principe de laïcité, sous couvert de défense de l’émancipation individuelle. Nous pouvons comprendre qu’une interdiction généralisée, dans l’ensemble de l’enseignement supérieur, puisse être jugée excessive dès lors que l’on y a affaire à des adultes. En revanche, il nous paraît extrêmement problématique que de futurs enseignants, assistants sociaux, éducateurs ou professionnels de la santé soient autorisés à afficher leurs convictions religieuses au cours – et donc également lors de leurs stages. Qui plus est, si cette autorisation se fait au nom de l’émancipation que confère sans conteste l’accès à la formation et à l’emploi, il ne faut pas être devin pour prédire que demain, nous verrons contestée l’obligation de neutralité d’apparence et ce y compris dans l’exercice de certaines fonctions aujourd’hui protégées par un cadre légal strict. 

 

La neutralité d’apparence est une condition sine qua non de la conception de l’Etat que nous entendons promouvoir, dans laquelle les professionnels agissant dans le secteur public sont au service des citoyens. Nous ne voulons pas que demain, la justice soit rendue par des juges affichant ostensiblement leurs convictions religieuses – ou, pourquoi pas, politiques ? – et que les enseignants auxquels nous confions l’instruction de nos enfants s’autorisent à leur transmettre, non plus « simplement » (et c’est une tâche énorme !) des compétences et des connaissances, mais aussi leurs propres croyances. 

En Communauté flamande, c’est la même rhétorique fondée sur l’argument fallacieux de la liberté de culte qui a mené un juge de Louvain à autoriser une lycéenne à porter le voile à l’école. Même s’il ne s’agit pour l’instant que d’un jugement portant sur un cas, il y a fort à craindre que d’autres jugements similaires suivent. 

Que devient alors l’idée d’une école émancipatrice, permettant à ceux et celles qui lui sont confiés de sortir du système de croyance familial pour expérimenter la liberté de devenir des adultes autonomes ?

Que devient alors l’idée d’une école défendant l’égalité des sexes, refusant les stéréotypes de genre, fussent-ils religieusement motivés ?

Que devient enfin l’idée d’une école à l’abri des fureurs du monde, où les élèves cessent d’apparaître comme des représentants de communautés convictionnelles pour être des individus en construction ?

Parce que ces questions sous semblent fondamentales, nous relançons la pétition lancée en 2007, et qui avait déjà recueilli près de 5000 signatures.

Plus largement, dès lors que les valeurs fondamentales qui avaient été à l’origine de la constitution du RAPPEL sont menacées, il est de notre devoir de réaffirmer quenous appelons solennellement à l’inscription du principe de laïcité politique dans la Constitution belge et dans les dispositifs légaux des entités fédérées. Le principe de laïcité, en effet, est seul à même d’offrir enfin un cadre législatif clair permettant de trancher toute question relative à la gestion du religieux dans la sphère publique. 

 

 

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